En 1968, s'était tenue à Paris la « Conférence de la Biosphère », organisée par l'UNESCO avec l'appui de l'UICN. Cette conférence jeta les bases du concept de développement durable, et le programme de l'UNESCO « Man And Biosphere » (MAB) en fut l'une des applications emblématique (télécharger le document La Conférence de la Biosphère, 25 ans après). Michel Batisse, membre de l'UNESCO, qui fut la cheville ouvrière de la conférence, incita la Commission Nationale Française pour l'UNESCO à organiser un enseignement « post-universitaire », destiné prioritairement à des étudiants de pays en développement, pour les former à la prise en compte des milieux naturels dans le développement. Ce Cours Post Universitaire (CPU), intitulé « Etude et aménagement des milieux naturels », fut créé en 1969. Il s'appuyait sur trois centres : Paris, avec l'Ecole Normale Supérieure et l'Institut National Agronomique, Toulouse, avec l'Université Paul Sabatier de Toulouse, et Montpellier, avec l'Université des Sciences et Techniques du Languedoc, l'Institut de Botanique et le Centre d'Etudes Phytosociologiques et Ecologiques (CNRS). A l'Ecole Normale Supérieure, le Professeur Maxime Lamotte, l'un des fondateurs de ce cours, me demanda de le remplacer à partir de 1974, mission que j'ai poursuivie jusqu'en 2008, après avoir œuvré en 2004 pour que cet enseignement devienne une des composantes du Master du Muséum.

Au début des années 1990, le Directeur Général de l'UNESCO, Federico Mayor, avait lancé le projet de création de Chaires UNESCO. En 1993, la Commission Nationale Française pour l'UNESCO me délégua à un séminaire sur les Chaires UNESCO du Développement Durable, organisé en 1993 à Curitiba (Brésil), pour y expliquer la vision de la Commission sur les futures Chaires UNESCO. J'y ai présenté le développement durable comme un processus assurant une coévolution entre biodiversité et diversité culturelle (Télécharger le document P. Blandin 1993 Séminaire UNESCO Chaires Dév Durable).

En 1994, la première Chaire UNESCO centrée en France fut créée par convention entre la Commission Française et l'UNESCO, lors d'une cérémonie dans le bureau de Federico Mayor, sous le nom « Développement et Aménagement Intégré des Territoires » (DAIT). Sa direction fut confiée au Professeur Jean-Pierre Prod'homme, titulaire de la Chaire de sociologie rurale à l'Institut National Agronomique.

 

1994_Chaire_UNESCO_DAIT
Création à l'UNESCO, en 1994, de la Chaire UNESCO du Développement Durable « Développement et Aménagement Intégré des Territoires ». On reconnaît notamment au centre Michèle Delaygue, conseillère à la Commission Nationale Française pour l'UNESCO, à sa gauche le Directeur Général de l'UNESCO Federico Mayor, à sa droite Jean Sirinelli, Président de la Commission Française. Troisième à partir de la gauche du groupe, Jean-Pierre Prod'homme (Institut National Agronomique Paris-Grignon), responsable de la Chaire, et à sa droite Jean-Pierre Vincent, de l'Université Paul Sabatier (Toulouse). Deuxième à partir de la droite du groupe, Patrick Blandin (Muséum), quatrième, en arrière, Jacques Lecomte, Président du Comité MAB-France, cinquième Louis Thaler (Université de Montpellier II).

 

Ainsi impliqué dans un enseignement interdisciplinaire centré sur le développement, et en même temps dans la problématique de la conservation de la nature, j'ai progressivement travaillé sur les relations entre conservation et développement durable.

Invité à participer à une journée d'étude sur les enjeux du développement durable à Poitiers en 2004, j'ai présenté la notion d'adaptabilité durable et la nécessité d'une éthique évolutionniste (Publication 190). En 2004 également, j'ai été sollicité par l'Institut National des Sciences de l'Univers (INSU, CNRS) pour mener une réflexion sur le problème de la durabilité de l'anthroposystème, pour un colloque de prospective « Sociétés en environnements (Publication 184). La même année, j'ai été invité par l'Association des Muséums et Centres de Culture Scientifique et Technique pour donner à sa réunion annuelle une conférence sur le thème « Développement durable, sciences et patrimoine » (Publication 185).

En novembre 2007, j'ai été invité à Montréal (Insectarium, Jardin Botanique et Biodôme), notamment pour donner une conférence sur les muséums et le développement durable. En 2008, à l'occasion du Symposium International Buffon organisé par le Muséum de Paris, le Natural History Museum de Londres, les Royal Botanic Gardens de Kew et le National Museum of Natural History de Washington, j'ai donné l'une des conférences introductives, consacrée aux relations entre les institutions d'histoire naturelle et le développement durable, considérées non seulement sous l'angle historique, mais aussi en termes prospectifs (Publication 206). Dans le cadre des relations du Muséum National d'Histoire Naturelle avec les institutions muséales québécoises, j'ai publié sur ce même thème avec Vincent Graffin (Délégué du Directeur Général du Muséum au Développement Durable et à l'Expertise) dans la revue canadienne Musées (Publication 208).

En tant que l'un des responsables de la Chaire UNESCO « Développement et Aménagement Intégré des Territoires », j'ai contribué, de 2005 à 2009, à l'animation du pôle « développement durable » des Chaires UNESCO centrées en France, organisé par la Commission Nationale Française pour l'UNESCO. J'ai ainsi coordonné la réalisation d'un document sur la formation d'acteurs du développement durable, publié par la Commission (Publication 212, 212 bis). Ce fut l'occasion d'élaborer collectivement une vision du développement durable :

« Le développement est un ensemble de processus par lesquels une société humaine particulière cherche à créer les conditions les plus favorables au mieux-être matériel, intellectuel, spirituel de chacun de ses membres. Un tel développement est dit « durable » lorsque les conditions environnementales, économiques, sociales et culturelles créées par cette société à un moment donné, en fonction de ses valeurs, ne réduisent pas les moyens dont disposeront les générations qui suivent pour créer à leur tour les conditions de leur mieux-être, en fonction de leurs propres valeurs. Les sociétés humaines étant diverses, leurs projets le sont nécessairement. Mais il ne peut y avoir de développement durable que si les projets locaux sont élaborés dans un souci de solidarité planétaire, car la planète et l'humanité qui l'habite forment un unique système écologique, traçant au fil du temps une seule histoire. »
(...)
« Le développement, telle est notre conviction, ne peut donc être durable que si les capacités d'adaptation sont maintenues, voire amplifiées. L'humanité doit donc avoir pour objectif la durabilité du potentiel d'adaptation et d'évolution du vivant, aux échelles locales comme à l'échelle globale de l'écosphère. En d'autres termes, le développement n'a d'avenir que s'il assure l'adaptabilité durable de la Biosphère, en favorisant sa diversité à toutes les échelles. »

A la suite de la parution de ce document, la Commission Nationale Française pour l'UNESCO m'a délégué, ainsi qu'Arnaud Martin, responsable pour Montpellier de la Chaire DAIT, à la Conférence Mondiale sur l'Education au Développement Durable (UNESCO, Bonn, 31 mars – 2 avril 2009) pour présenter le document. J'ai ensuite été invité par l'UNESCO à la Conférence Mondiale sur l'Enseignement Supérieur (Paris, 5-8 juillet 2009), pour intervenir dans l'atelier « Développement durable et l'enseignement supérieur : Bâtir les fondations de demain ».

En 2011, j'ai été invité à participer au comité de rédaction d'une nouvelle revue, intitulée « Vraiment Durable », créée par Bettina Laville et le Comité 21. Dans le premier numéro, paru début 2012, j'ai développé ma conception des relations entre biodiversité et adaptabilité durable, en en soulignant la dimension éthique (télécharger Publication 238).

Par ailleurs, Donato Bergandi, Maître de Conférences du Muséum en Philosophie de l'Ecologie, m'a associé à la conception d'un article historique et critique sur la genèse et la signification du concept de développement durable, actuellement sous presse dans la Revue d'Histoire des Sciences (Publication 241).


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