Lépidoptères néotropicaux

Avec des collègues de différents pays, j'ai entrepris il y a quelques années la révision d'une espèce de la tribu des Brassolini, Eryphanis zolvizora. Il s'agit d'une espèce, rare dans les collections, qui vit dans les « forêts des nuages » (« cloud forests »), le plus souvent entre 1500 et 2500 m, tout au long des Andes. Elle fut découverte en Bolivie au XIXe siècle. Nous avons étudié les spécimens de plus de 30 collections publiques et privées, en Europe, aux Etats Unis et en Amérique du Sud, soit seulement un peu plus de 200 spécimens. Nous avons montré que l'espèce existe dans des régions jusqu'alors non répertoriées, y compris le Venezuela. L'étude comparative de nombreux caractères morphologiques, y compris ceux des pièces génitales mâles et femelles, a conduit à distinguer huit entités, dont cinq nouvelles. Nous avons discuté le problème de savoir s'il s'agit d'espèces différentes ou de sous-espèces d'une unique espèce. La publication est en accès libre sur le site de la revue European Journal of Taxonomy, une revue en ligne créée par un consortium de muséums européens, dont les muséums de Paris, Bruxelles et Londres.

252. BLANDIN, P., BRISTOW, R., NEILD, A., de SOUSA, J.C., GARECA, Y. & HUERTAS, B., 2014. Revisiting the Andean butterfly Eryphanis zolvizora group (Lepidoptera, Nymphalidae): one or several species? European Journal of Taxonomy, 71: 1-66.

Pour la première fois, dans le nord-est du Pérou, des chenilles de Morpho achilles (Linné, 1758) trouvées dans la nature ont été élevées. Cette découverte, faite près de la ville de Tarapoto, et l'élevage, réalisé dans les conditions du milieu naturel, sont dus à Cesar Ramirez et Stéphanie Gallusser. La plante-hôte est un arbre appartenant au genre Pterocarpus (Fabaceae). Les caractéristiques des chenilles de M. achilles et de M. helenor (Cramer, 1776), espèces qui vivent ensemble dans toute l'Amazonie, s'avèrent similaires, et sont voisines de celles de M. granadensis Felder & Felder, 1867, une espèce de Colombie et d'Amérique Centrale. Ces résultats sont cohérents avec ceux des analyses phylogénétiques, qui montrent que ces trois espèces forment une branche particulière dans l'arbre phylogénétique du genre Morpho.

256. BLANDIN, P., RAMIREZ, C., GALLUSSER, S. & LACHAUME, G., 2014. Premières observations sur la chenille de Morpho achilles : comparaison avec Morpho helenor et Morpho granadensis (Lepidoptera: Nymphalidae: Morphinae). Bulletin de la Société entomologique de France, 119 (3) : 323-328.

Le Pérou septentrional est une région géographiquement complexe restée longtemps difficile d’accès. C’est seulement à la fin du 19e siècle que quelques voyageurs naturalistes y ont collecté de premiers spécimens du genre Morpho. La synthèse publiée en 1912 et 1913 par Hans FRUHSTORFER montre que l’on connaissait assez bien la faune de la plaine amazonienne, essentiellement dans la région d’Iquitos, et un peu celle de la moyenne vallée du río Huallaga. En revanche, rien n’était signalé des parties montagneuses. La révision d’Eugène LE MOULT et Pierre RÉAL (1962-1963) ne fit pas état de progrès significatifs. Un travail important avait cependant été accompli par deux collecteurs, Otto MICHAEL et Guillermo KLUG, mais pour l’essentiel dans les régions d’Iquitos et du moyen Huallaga.
À partir de 1963, la faune de la haute vallée du Huallaga (région de Tingo María) devint progressivement bien connue, du fait d’un actif commerce de papillons. Au cours des années 70, les rares Morpho vivant dans des zones assez sèches furent échantillonnés à l’extrême nord-ouest du pays et dans le bassin moyen du Marañón, en particulier par Gerardo LAMAS (Museo de Historia Natural, Lima). Grâce à un collecteur travaillant en montagne, Benigno CALDERÓN, et suite à l’aménagement, à la fin des années 1990, d’un axe routier traversant les cordillères d’ouest en est, la connaissance de la faune d’altitude progressa rapidement. À partir de 2005, un programme du Muséum National d’Histoire Naturelle (Paris), en lien avec le muséum de Lima, a permis de finaliser l’inventaire des espèces et des sous-espèces du nord du Pérou. Avec 16 espèces de Morpho, les départements d’Amazonas et du San Martín sont la zone la plus riche de toute la région néotropicale, et constituent sans doute le point « hyper chaud » du Tropical Andes Biodiversity Hotspot, la région du monde ayant la biodiversité la plus élevée.

257. BLANDIN, P. & LACHAUME, G., 2014. La découverte des Morpho dans le Pérou septentrional, de la fin du XIXe au début du XXIe siècle. Antenor, 1 (2) : 199-261.


Morpho cisseis, est l’un des deux géants des papillons diurnes d’Amazonie, avec le célèbre « grand planeur » (Morpho hecuba) de Guyane. Bien que ce papillon soit largement répandu dans le bassin amazonien et au pied des Andes, et localement assez abondant, ses premiers stades (œufs, chenilles, chrysalides) n’avaient jamais été décrits, et l’on ignorait de quelle(s) plante(s) ses chenilles se nourrissent. Au Pérou, près de Tarapoto, César Ramirez a découvert des œufs et des chenilles inconnus, et réussi à élever quelques chenilles jusqu’à obtenir l’éclosion de trois adultes. Cet article rassemble nos observations sur l’écologie de l’adulte, les résultats des élevages, et compare le cycle biologique de Morpho cisseis avec ceux d’autres espèces de Morpho. Un panorama illustré des chenilles de plusieurs espèces de Morpho permet d’en discuter les ressemblances et les différences dans une perspective phylogénétique.

258. RAMIREZ GARCIA, C., GALLUSSER, S., LACHAUME, G. & BLANDIN. P. The ecology and life cycle of the Amazonian Morpho (Laurschwartzia) cisseis phanodemus Hewitson, 1869, with a comparative review of early stages in the genus Morpho (Lepidoptera: Nymphalidae: Morphinae). Tropical Lepidoptera Research, 24(2) : 67-80.


Lors de la révision du genre Opsiphanes Doubleday, [1849], par BRISTOW en 1991, l’origine géographique précise d’O. sallei Doubleday, [1849], restait inconnue, l’espèce ayant été décrite du Venezuela sans autre indication. Dans cet article, grâce aux collectes effectuées au cours des cinq dernières décennies par les entomologistes vénézuéliens, nous précisons la répartition géographique de l’espèce à l’intérieur du pays, donnons des informations sur son écologie, et comparons les populations vénézuéliennes aux sous-espèces décrites de Colombie, du Pérou et de Bolivie.

260. BLANDIN, P., COSTA, M. & ATTAL, S., 2015. Opsiphanes sallei Doubleday, [1849] au Venezuela : une espèce méconnue. Antenor, 2(1) :

Biodiversité, développement durable, éthique

J'ai participé en juin 2012 à un colloque sur l'ingénierie écologique, organisé par l'IRSTEA (ex CEMAGREF). C'est un domaine sur lequel j'avais travaillé il y a longtemps (Voir Conservation de la nature). J'ai présenté une réflexion sur la légitimité éthique de l'ingénierie écologique, un problème qui a été très présent dans l'ensemble du colloque, comme le montre l'ouvrage qui en est issu.

253. BLANDIN, P., 2014. Est-il juste de manipuler la nature ? In : REY, F., GOSSELIN, F. & DORE, A. (coord.), Ingénierie écologique. Action par et/ou pour le vivant ? Editions Quae, Versailles : 29-42.

Isabelle Mauz, Ingénieur des Ponts, des Eaux et des Forêts, sociologue à l'IRSTEA (centre de Grenoble) travaille sur la prise en compte de la biodiversité tant dans le champ politique que dans le champ scientifique. Elle s'intéresse en particulier au renouvellement des pratiques de recherche sur la nature et sur la place de l'expertise dans le métier de chercheur. En raison de l'expérience que j'ai vécue avec l'affaire du pique-prune et de l'autoroute A 28, Isabelle Mauz m'a proposé de collaborer à un article qui développe une réflexion sur les relations entre savoir et expertise, entre chercheurs et société.

254. MAUZ, I. & BLANDIN, P., 2014. Savoir environnemental, expertise et décision. In: ZARKA, Y.C. (dir.), Pour un monde habitable. La Terre-Sol. Le monde émergent II. Armand Colin, Paris : 39-58.

J'ai été sollicité par Elena Casetta, philosophe travaillant en particulier sur la philosophie et les politiques de la biodiversité, et Julien Delord, chercheur en histoire et philosophie de l'écologie, pour participer à un ouvrage collectif sur les problèmes que pose le concept de biodiversité. J'ai saisi cette occasion pour ébaucher une réponse à la question : est-ce que l'invention et la diffusion du concept de biodiversité, à partir de 1988, a modifié les thèmes de recherches préexistants sur la diversité du monde vivant ? L'analyse comparée des recherches menées dès les années 50 avec les thèmes privilégiés par les chercheurs après 1988 révèle des surprises...

255. BLANDIN, P., 2014. La diversité du vivant avant (et après) la biodiversité: repères historiques et épistémologiques. In : CASSETA, E. & DELORD, J. (dir.) : La biodiversité. Enjeux philosophiques, éthiques et scientifiques. Editions Matériologiques, Paris : 31-68 (e-book).

La perte de biodiversité est devenue, avec le changement climatique, la cause de ce que l’on peut appeler l’angoisse du XXIe siècle. Une approche économique de la biodiversité et des systèmes rendus par les écosystèmes se développe, sans convaincre de sa capacité à lever les inquiétudes. La biodiversité ne serait-elle donc qu’un leurre utilisé par les scientifiques pour obtenir des moyens en entretenant l’angoisse ? Dans cet article, qui n’épargne pas les scientifiques trop souvent auteurs de définitions de la biodiversité aussi creuses que prétentieuses, et qui replace ce terme tant dans l’histoire de la recherche écologique que dans celle de la conservation de la nature, en m’inspirant de la réflexion d’Elena Casetta et Julien Delord dans le livre La biodiversité. Enjeux philosophiques, éthiques et scientifiques (2014), je tente de répondre à la question : la biodiversité : imposture, ou invitation à habiter autrement la Terre ?

259. BLANDIN, P., 2015. Au leurre de la biodiversité ? Vraiment durable,  5/6 : 19-41. (texte sur demande à l’auteur)